Nouvelles traduites de l'américain par Marie-Lise et Guillaume Marlière. Gallimard La Noire. 2004.
La lecture de George Saunders est un exercice étrange. C'est à la fois drôle, déroutant, un peu agaçant par moments, (notamment quand les personnages s'embarquent dans des monologues délirants), quoi qu'il en soit, on a tout le temps l'impression d'être aux prises avec un vrai écrivain. Un de ceux qui ne se laisse pas faire, qui vous malmènent. Et le pire c'est qu'on en redemande ! Un auteur qui a un univers bien à lui, inimitable, et dans lequel on prend plaisir à replonger... ça court pas les librairies, croyez-moi ! ![]()
En tant qu'écrivain, on se demande comment Saunders démarre un de ses récits. On essaye de remonter le cheminement créatif. Pas facile, mais marrant à imaginer. La première nouvelle qui donne son nom au recueil, Pastoralia, est assez étonnante et drôle (comme souvent), on se retrouve (encore !) dans un improbable parc d'attraction (une obsession chez Saunders !) où des comédiens ratés doivent tenir le rôle d'hommes et de femmes préhistoriques. Le narrateur joue son rôle à fond, sa collègue fantasque s'en fout, et commet bourde sur bourde. La direction fait pression sur le narrateur pour qu'il rédige un rapport négatif au sujet de sa collègue, ce qui précipitera son renvoi.
La seconde est aussi bonne : le personnage prends des cours genre coatching déjanté pour apprendre à virer de chez lui sa soeur attardée et bigote au possible qu'il ne supporte plus.
La Troisième, Sea Oak, est ma préférée. Deux nanas décérébrées qui n'arrêtent pas de se chamailler, un narrateur qui fait du strip tease dans un resto naze, et une tante qui n'a rien fait de sa vie. La tante meurt. Puis ressuscite. Et elle entend bien changer la vie de ses trois paumés de neveux-nièces. Les dialogues de la tante-zombie sont à mourir de rire. Un mélange de Stephen King et de Bukowski. Encore que j'ai du mal à trouver un équivalent à l'humour de Saunders.
La nouvelle "Firpo" est assez glaçante, "Les malheurs du coiffeur " se laisse lire. La dernière : " Les chutes ", est excellente, rappelant Tchékhov dans ce portrait croisé de deux badauds médiocres, confrontés à un drame : deux fillettes en canoë qui risquent de se noyer.
Je me rend compte qu'il est très difficile de parler de George Saunders. Quand j'aurais dit que ses deux recueils de nouvelles sont difficiles à trouver, ça ne va pas arranger les choses. Un exemplaire de Grandeur et décadence d'un parc d'attractions s'ennuie ferme depuis plusieurs mois sur les rayons du Gibert Jeune de St Michel. Lecteurs parisiens en quête nouvelles décalées, vous savez ce qu'il vous reste à faire !
Sinon, pour Pastoralia, il reste le net. A noter aussi une nouvelle de Saunders parue dans le recueil Des nouvelles de McSweeney's paru chez Folio.
En 4e de couv' sont cités comme cousins de Saunders : Gabe Hudson et Tom Grimes, que je suis en train de lire, avec une préférence pour le 1er. J'en parlerai prochainement. 
